Vendredi 9 mai 2008

Les 60 ans de la création de l'état d'Israel sont l'occasion de nous pencher sur un pan de l'histoire du Mashreq, un pan qui fut à la fois synonyme d'espoir et de drame, et nous le verrons d'une attitude  pour le moins ambigue des grandes puissances internationales. C'est un sujet très épineux, j'en ai conscience, et je dois avouer que j'ai longuement hésité avant que de l'aborder. Mais il m'a finalement semblé qu'on ne pouvait pas ne pas parler d'un événement qui a profondément marqué l'histoire du Mashreq contemporain et dont l'impact aujourd'hui encore a des conséquences cruciales pour la région. Il ne s'agit pas d'engager des polémiques, même si bien entendu j'ai mon opinion sur la question - je n'en ferai état que dans la mesure où cela me semblerait présenter quelque intérêt, mais le but n'est pas là. Ce qui me paraît intéressant en revanche, c'est de fournir des clefs pour permettre de comprendre l'événement en lui-même, ainsi que par conséquence ceux qui se sont succédés depuis et la situation actuelle. Car il faut avouer que les informations ne sont pas toujours claires ou objectives, et que l'on ignore souvent un certain nombre d'éléments qui permettent de comprendre. Et surtout d'aller au-delà pour retracer toute une part de l'histoire et de la culture de cette partie du monde.


Résumer un tel événement dans un seul article donnerait quelque chose de trop fastidieux à lire, ou obligerait à résumer à l'extrême, ce qui reviendrait à ne pas correspondre avec le but énoncé ci-dessus. C'est pourquoi j'ai choisi de programmer, échelonnée sur une longue durée, toute une série d'articles abordant la question à travers des aspects particuliers correspondant chacun à une clef ou plusieurs de ces clefs de compréhension. Pour cela, nous ne nous limiterons ni à évoquer 1948 et ce qui s'est passé depuis, ni au seul événement en lui-même ; il faudra revenir en arrière sur l'histoire, celle de la région et de ses peuples, mais aussi la diaspora juive, l'influence des puissances extérieures aussi bien que l'histoire des mentalités. Comme nous le verrons, la naissance de l'état d'Israel renvoie à plusieurs pages de l'histoire du Mashreq, mais aussi de l'Europe et d'une partie du monde. Tout l'intérêt est à mon sens à la fois de comprendre un événement et son impact, mais aussi d'élargir le propos à tout ce à quoi il nous renvoie.


Les sujets qui seront abordés seront en particulier :

- indispensable, un retour sur l'histoire de cette région du monde depuis l'Antiquité jusqu'à la chute de l'empire ottoman : les peuples, les états, les enjeux internationaux

- le mandat britannique et la création d'Israel, mais aussi le rôle de la politique britannique au Mashreq

- le sionisme : son histoire, ce qu'il recouvre ( car on n'en a souvent qu'une très vague idée ), les courants de pensée, son rôle dans la création de l'état d'Israel

- parallèlement, un certain nombre d'éléments qui sont déterminants pour le contexte : l'impact de la vague d'antisémitisme en Europe entre le XIXe et la première moitié du XXe s. ; la Palestine dans le monde arabe et la question palestinienne ; la signification particulière de Jérusalem ; la notion d'Eretz Israel ( dont on se rendra compte qu'on la connaît en fait très mal ) ; etc.

- mais aussi des éléments culturels, comme la place des communautés juives au sein du monde arabe aussi bien que leur rôle d'intermédiaires entre Orient et Occident, la notion d'identité arabe au XXe s.

- bien entendu, on ne peut être tourné uniquement vers le passé et nous essayerons de donner des éléments de la situation actuelle et des perspectives d'avenir.


Ultime précision avant de commencer, je vous demanderai de faire preuve de modération et de tolérance dans vos commentaires, quelle qu'en soit l'orientation. Je le répète, la polémique n'est pas le propos, même si chacun demeure libre, bien entendu, d'avoir sa propre opinion. La perspective est avant tout un effort pour savoir et comprendre, et plus que jamais l'esprit de respect de chacun est ici important. J'éditerai tout commentaire qui ne respectera pas ces règles élémentaires d'ouverture d'esprit, je pense que vous le comprendrez.


Pour comprendre cet événement, il faut d'abord le placer dans le temps. Au début du XXe s. , la Palestine fait partie de l'empire ottoman depuis quatre siècles, ressentis comme nous le verrons comme une période d'occupation étrangère. Lorsqu'éclate la Première Guerre Mondiale, l'empire ottoman se range aux côtés de l'Allemagne.


Dès 1917, en pleine guerre mondiale, par la Déclaration Balfour, les Britanniques, sous l'influence du mouvement sioniste, se déclarent en faveur de la création d'un foyer national juif en Palestine ; dans le même temps, ils promettent aux Arabes la création d'un état arabe, duplicité qui aura de lourdes conséquences par la suite. Après la guerre, l'empire ottoman est démembré ; depuis longtemps, les puissances occidentales rivalisent d'influence au Mashreq, ce démembrement ne se fera donc pas sans arrière-pensées. En 1920, la conférence de San Remo désigne la Grande-Bretagne pour exercer un mandat sur la Palestine ; et c'est en 1922 que la Société des Nations entérine cette proposition en établissant le mandat britannique sur ce qu'on appelle de 1922 à 1947 la " Palestine mandataire ".


La " Palestine mandataire ", telle qu'elle a été définie par la conférence de San Remo et adoptée par la SDN : au nord, la Syrie placée sous mandat français ; à l'est l'Iraq placé lui aussi sous mandat britannique ; au sud, le royaume du Hedjaz, indépendant depuis 1916 grâce à l'appui britannique, qui deviendra l'Arabie Saoudite en 1932 ; au sud-ouest l'Egypte, sous protectorat birtannique jusqu'en 1922, puis royaume indépendant. Déjà se discerne le rôle prépondérant joué par la Grande-Bretagne dans la région.


Intervient entre temps la Seconde Guerre Mondiale, à l'issue de laquelle l'idée d'un état-refuge en Palestine pour les Juifs d'Europe fait son chemin, d'autant que les crimes nazis ont à la fois suscité un véritable choc chez les populations occidentales et embarrassent les états. En février 1947, la Grande-Bretagne remet aux Nations Unies le mandat qu'elle avait reçu en 1922 ; nous verrons que cela tient justement en grande partie à une dégradation de ses relations avec le mouvement sioniste et avec les représentants arabes de par le double jeu qu'elle a joué entre Juifs et Arabes. Puis en novembre de la même année, les Nations Unies adoptent la résolution 181, qui opte pour le partage de la Palestine en un état arabe et un état juif, avec un statut international spécial pour Jérusalem : c'est le plan de partage, qui loin d'apaiser les tensions entraîne le premier conflit ouvert entre Juifs et Arabes en Palestine.

Le plan de partition de la Palestine tel qu'il est défini par la résolution des Nations Unies en 1947 : en vert, les territoires attribués à l'état arabe, en bleu-vert les territoires attribués à l'état juif. Jerusalem est déclarée de statut international sous contrôle des Nations Unies. Un simple coup d'oeil sur la carte permet de comprendre les difficultés qu'une telle partition ne pouvait qu'engendrer.



Enfin, le 14 mai 1948 est proclamée la déclaration d'indépendance de l'état d'Israel, qui marque historiquement la création de cet état.



Voilà, dans un premier temps, les faits historiques présentés brièvement dans le contexte du XXe s. Ce sera notre point de départ pour cette exploration d'un aspect du Mashreq plus large qu'il ne pourrait paraître au premier abord. Dans le prochain article, nous évoquerons l'histoire de cette région depuis l'Antiquité.

par Kaaper Nefredkheperou publié dans : Mashreq et horizons arabes
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Jeudi 20 mars 2008

comprendre-islam.gif

Aujourd'hui, dans beaucoup de pays musulman a lieu la commémoration de la naissance du Prophète, appelée Mawlid an-Nabî, ou simplement Mawlid, qui fait partie des fêtes qui ponctuent l'année musulmane, aussi bien en contexte sunnite que shi'ite. Dans la plupart des pays musulmans, ce jour est férié.  Cette fête ne fait pas partie des grandes fêtes religieuses, même si elle est pratiquée par de nombreux musulmans à travers le monde ; en Arabie Saoudite, les autorités religieuses la tolèrent, mais ne la reconnaissent pas comme inhérente à l'Islam. Les musulmans les plus rigoristes la considèrent comme une innovation (bid3a) étrangère à l'Islam. Revenons sur l'histoire de cette fête.

nom-prophete.jpg


La naissance du Prophète n'était pas commémorée, ni ne faisait l'objet d'aucune fête particulière, dans les premiers siècles de l'Islam. Ce sont les Fâtimides, d'obédience shi'ite, qui créeront cette fête au Maghreb et en Egypte aux Xe- XIe s. AD. Ils célébraient ainsi chaque année plusieurs anniversaires, avec en plus de celui du Prophète ceux de son gendre Alî  et de sa fille Fâtima Zahra, ainsi que celui du souverain. A cette époque, cela donne lieu à des festivités dans le palais royal et à trois sermons (khutba) devant les fidèles en présence du calife.  Le vizir Malik al-Afdal, très attaché à la Sunnah, fait interdire le Mawlid comme non conforme à l'Islam autour de 1095 AD.

Dans le même temps, le sheykh 3Umar ibn MuHammad al-Mullâ célèbre lui aussi cette fête à Mossoul, en Iraq. La tradition en est reprise au début du XIIIe s. AD par le roi al-Mudaffar Abû Sa3îd ed-Dîn Gökburi à Irbil, également en Iraq. C'est à cette époque que l'érudit Ibn DiHyah rédige " at-Tanwîr fî Mawlid al-Bashîr an-Nadhîr " ( " Eclairage sur la naissance du Porteur de la bonne nouvelle et  l'Avertisseur " ), qui reprend le récit de la naissance du Prophète

Cette fête est particulièrement importante dans les zones anciennement liées aux Fâtimides, en particulier au Maroc, où elle est célébrée depuis le XIIIe s. AD, et en Tunisie, où elle est l'occasion d'un repas familial traditionnel à l'issue duquel on déguste l'Assidat Zgougou, un dessert à base de pignons de pin.


assidat-zgougou.jpg
L'assidat zgougou tunisien, caractéristique du Mawlid dans ce pays.


D'après les sources historiques, le Prophète MuHammad est né vers 570 AD dans la ville de La Mecque, en Arabie. La fête du Mawlid est fixée au 12 du mois de Rabî3 al-Awwal, 3e mois de l'année musulmane.

Notons au passage que le Mawlid a donné naissance en Egypte, à travers  le terme dialectal mooled (ou mouled), à des fêtes commémorant un saint homme local, en général des sages sufi, comme nous en verrons des exemples à propos de l'Egypte d'aujourd'hui ; type de fête qui n'est pas non plus reconnu comme inhérent à l'Islam.


Principales sources & liens
 : un article de Wikipedia, ainsi qu'un autre sur Islamophile.

par Kaaper Nefredkheperou publié dans : Mashreq et horizons arabes
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mercredi 12 décembre 2007

Vous entendez souvent, en particulier ici, parler de Mashreq et Maghreb concernant le monde arabe. Vous entendez aussi souvent dans les médias parler de Proche- ou Moyen-Orient. Mais il n'est pas toujours évident de savoir ce que recouvrent ces termes et quels sont les pays qui appartiennent à l'un ou à l'autre. Cet article se propose donc d'expliquer brièvement ce que sont ces entités qui subdivisent le monde arabe.


المشرق و المغرب



Le Mashreq (al-Mashreq en arabe, de ash-sharq = " l'est " ) pourrait se traduire par " le Levant " - nom d'ailleurs donné autrefois en Occident à cette partie du monde. Il se compose des pays situés en Méditerranée orientale et dans la Péninsule Arabique. On peut donc dire que le terme correspond à ce qu'on appelle en français " Proche-Orient ", mais en débordant sur le " Moyen-Orient ". Les pays du Mashreq sont :

- l'Egypte (en arabe Misr)
- la Palestine (en arabe Filistîn)
- le Liban (en arabe Lubnân)
- la Syrie (en arabe Sûryâ)
- la Jordanie (en arabe al-Urdun)
- l'Iraq (en arabe al-3Irâq)

Les pays de la Péninsule Arabique en font en principe partie, bien que certains ne les englobent pas dans le Mashreq, mais en font une 3e entité à part. En ce qui nous concerne, nous les engloberons dans le Mashreq. Ce sont  : 

- l'Arabie Saoudite  (en arabe al-Sa3udiyya)
- le Yémen (en arabe al-Yaman)
- Oman (en arabe 3Umân)
- les Emirats Arabes Unis (en arabe al-Imârât al-3arabiyya l-muttaHida)
- le Qatar (en arabe Qatar)
- Bahrein (en arabe al-BaHrayn)
- le Koweit (en arabe al-Kuwayt)

On rattache parfois au Mashreq la partie orientale de la Libye, l'ancienne province romaine de Cyrénaïque, ainsi que le Soudan (en arabe as-Sudân).



mashreq-maghreb.jpg

Mashreq (vert foncé) et Maghreb (vert clair) selon la dénomination arabe.
 

Le Maghreb (al-Maghrib en arabe, de al-gharb = " l'ouest " ) pourrait se traduire par "le Couchant". Autrefois, on trouvait aussi le terme arabe d' Ifriqiya (Afrique). Il correspond aux pays arabes d'Afrique du Nord, moins l'Egypte. Les pays du Maghreb sont :

- le Maroc (en arabe al-Maghrib)
- la Mauritanie (en arabe Mûritânyâ)
- l'Algérie (en arabe al-Jazâyir)
- la Tunisie (en arabe Tûnis)
- la Libye (en arabe Lîbya)

On ne rattache parfois au Maghreb que la partie occidentale de la Libye, l'ancienne province romaine de Tripolitaine. Au Moyen Age, l'Espagne musulmane, Malte et la Sicile faisaient partie du Maghreb. 





proche-orient.jpg

Le Proche-Orient.



Pour les Occidentaux, et plus particulièrement les Français, le terme de Proche-Orient recouvre à peu près la même zone géographique que la notion arabe de Mashreq, mais y englobe aussi la Turquie et Israel, et n'y comprend souvent pas l'Egypte, dont la position est pour ainsi dire flottante : parfois rattachée au Proche-Orient, mais le plus souvent à l'Afrique du Nord. Il n'englobe pas non plus la Péninsule Arabique. Ce terme tend à être actuellement remplacé par celui de "Moyen-Orient".





moyen-orient.jpg

Le Moyen-Orient.


Le terme de Moyen-Orient est d'origine anglo-saxonne (Middle East). Il comprend ce que les Arabes qualifient de Mashreq, auquel s'ajoutent la Turquie et l'Iran



Pour les Occidentaux, le Maghreb se limite souvent au Maroc, l'Algérie et la Tunisie. Et on regroupe sous le terme d'Afrique du Nord Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Egypte. Eventuellement aussi la Mauritanie.



On s'en rend compte, difficile de s'y retrouver parmi toutes ces dénominations, dont on ne sait pas toujours ce qu'elles recouvrent exactement. Il apparaît cependant que la dénomination arabe est plus adaptée que les notions de Proche- et Moyen-Orient, Maghreb et Afrique du Nord.


En effet, les termes arabes recouvrent une réalité linguistique : Mashreq et Maghreb englobent les pays arabophones, d'où le fait que la Turquie (de langue turque, non arabe) et l'Iran (de langue persane, non arabe elle non plus) en soient exclus, et que la Mauritanie et le Soudan y soient au contraire inclus. De même, la distinction entre Mashreq et Maghreb recouvre également des réalités linguistiques : à chacune correspond une série de dialectes qui sont apparentés. Enfin, la notion arabe de Mashreq et Maghreb correspond mieux que les divisions occidentales à des réalités historiques et culturelles, dont les termes de Proche- et Moyen-Orient, Maghreb selon la définition occidentale et Afrique du Nord ne rendent pas ou mal compte.


C'est pourquoi je choisis dans ce blog d'adopter le terme de Mashreq de préférence à ceux de Proche- ou Moyen-Orient, non par fantaisie, mais parce que cela me semble mieux correspondre aux réalités culturelles. De même, lorsque je vous parlerai de Maghreb, ce sera selon la dénomination arabe.

 

 

par Kaaper Nefredkheperou publié dans : Mashreq et horizons arabes
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Jeudi 22 novembre 2007

Après l'architecture religieuse, poursuivons notre petit lexique de base avec l'architecture funéraire, qui y est étroitement liée, bien entendu, et dans laquelle on utilisera aussi une grande partie du vocabulaire rencontré dans l'architecture religieuse.


- darîh : tombeau.

- jabâna : nécropole, cimetière. Synonyme : maqbara.

- madfan : mausolée.


maksurah.jpg

Maqsûra du tombeau du Prophète dans la mosquée de Médine.



- maqsûra : grille ouvragée entourant le tombeau d'un personnage important dans un mausolée.

- musallâ : oratoire ou chapelle funéraire dans un cimetière.


qubba.jpg



- qubba : littéralement "coupole" ; ici, mausolée, les mausolées étant généralement signalés par une coupole.

- suffa : plateforme de pierre qui sert d'assise à une tombe.


Comme nous serons amenés à le voir, les grands personnages sont souvent inhumés dans des mosquées ou des complexes qu'ils ont fondé, le mausolée venant s'adjoindre à un ensemble de bâtiments.


Pour l'architecture civile, nous n'aurons besoin que de quelques termes n'ayant souvent pas d'équivalent absolu en français.

- bâb : porte, aussi bien celle d'une maison que celle d'une ville.

- bayt (égyptien beyt ou bêt) : maison, de façon générale.

- dîwân : salle de réception dans un palais. Ce mot d'origine persane a donné en français "divan"... Synonyme :  majlis.

- fawâra : fontaine à jet d'eau placée dans une cour intérieure ou un jardin.

- fundûq : entrepôt, magasin (d'où l'appellation de "fondouq" des comptoirs commerciaux établis par les Européens dès le Moyen Age dans les pays arabes) ; taverne.

- hammâm : bains, publics ou privés.

- khân : caravansérail, en particulier urbain.

- kula : maison urbaine fortifiée.

- kuttab : école coranique.

- madina (égyptien medina) : ville, en particulier partie de la ville englobée dans une enceinte fortifiée.

- madrasa : école, université, souvent associée à une mosquée importante ou à un complexe.

- mafraj : pièce de réception.

- manzil : demeure urbaine dotée d'une cour intérieure.

- mâristân : hôpital ; il est souvent associé à un complexe ou à une fondation pieuse.


mashrabeyya.jpg

Mashrabeyyât du musée Gayer-Anderson au Caire (fenêtres et terrasse).


- masharabiyya (égyptien mashrabeyya) : "moucharabieh", écran de bois sculpté et touorné à claire-voie garnissant les fenêtres et autres baies, y compris à l'intérieur des maisons.

- maydân (égyptien mîdân) : place, vaste espace en plein air.

- qasaba : citadelle ; capitale, métropole. Synonyme : qal3a.

- qasr : château-fort, forteresse ; palais fortifié.

- sabîl : fontaine publique, souvent associée à une école coranique (sabîl-kuttab) en Egypte.


sabilkuttab.jpg

Un sabîl-kuttab cairote : la fontaine est au rez-de-chaussée, l'école au 1er étage.


- shâri3 : rue.

- sûq : rue, en général couverte,  d'un marché ; par extension, le marché lui-même. 

par Kaaper Nefredkheperou publié dans : Mashreq et horizons arabes
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mercredi 14 novembre 2007

Chaque civilisation, en développant sa propre culture et ses formes d'art, établit en parallèle un vocabulaire spécifique. La plupart du temps, il est possible de traduire ces mots dans n'importe quelle autre langue, car on peut trouver des équivalences ou ressemblances ; mais parfois la traduction fait perdre une partie du sens, voir est impossible, tant le terme est particulier. C'est le cas pour un certain nombre de termes architecturaux dans le domaine islamique, que l'on conserve en arabe et qu'il vaut mieux connaître pour mieux comprendre les monuments et leur symbolique. Je vous propose donc, en préalable à notre promenade dans ce domaine, de faire le point sur les termes que nous rencontrerons le plus souvent. Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas très compliqué. Puisque la grande passion de ce blog, c'est quand même l'Egypte, je vous donnerait chaque fois que nécessaire ou possible entre parenthèses le terme dialectal égyptien équivalent au terme arabe littéral.


Nous allons commencer par l'architecture religieuse, car c'est là que nous rencontrerons le plus de termes spécifiques.



mehemet-ali.jpg


Il y en arabe deux termes pour dire "mosquée"  :  jâmi3 (égypt. gâmi3) et masjid, le second étant semble-t-il le terme le plus ancien. Il y a cependant une nuance : 

- le terme de masjid désigne en principe une mosquée de quartier utilisée pour les prières quotidiennes, de dimensions plus ou moins modestes ; 

- celui de jâmi3 désigne quant à lui ce qu'on traduit souvent par "Grande Mosquée" et que les Anglo-Saxons appellent "Friday Mosque" ("mosquée du Vendredi"), destinée à la prière du vendredi et de dimensions importantes. 

On pourrait encore y ajouter un 3e type, l' 3îdgâh, littéralement "place de prière", qui ne se constitue que d'un vaste espace à ciel ouvert fermé seulement par un mur de qibla avec son mihrâb ; elle sert aux grandes cérémonies.


hawd-mehemet-ali.jpg

Fontaine aux ablutions de la mosquée de Mohammed Ali, au Caire.


- birka : fontaine aux ablutions dans un édifice religieux. On trouve aussi : fisqîya ou hanafiyya. La fontaine aux ablutions placée au centre de la cour dans un édicule spécifique est appelée hawd.

- dikka (égypt. dekka) : plate-forme maçonnée ou en bois, placée au milieu ou sur l'arrière de la salle de prière, qui servait à la personne chargée de relayer les paroles de l'imâm pour les fidèles situés à l'arrière lors des grandes prières ; on l'utilisait aussi pour l'enseignement.


dekka-sultan-hasan.jpg

Dikka de la mosquée Sultan Hasan, au Caire.


- iwân : espace ouvrant sur le cour centrale non par un portique mais par un un grand arc ; ce motif est d'origine persane.

- kursî : lutrin, de façon générale. Le kursî s-Sûra est réservé à la lecture du Coran (nous en verrons de beaux exemples égyptiens).


kursi--qayit-bay.jpg

Kursi du mausolée de Qayit Bay, dans le cimetière Nord du Caire.


- manâra : minaret. Synonyme : ma'adhdhana.

- mashhad : mosquée qui vaut l'objet d'un pélerinage par la présence d'un tombeau saint.

mihrab-el-ghori.jpg

Mihrab du mausolée d'el-Ghori, au Caire.


- mihrâb : niche percée dans le mur de qibla, servant à la fois à indiquer la direction de La Mecque et de caisse de résonnance pour diffuser la voix de l'imâm qui conduit la prière.

- minbar : grande chaire depuis laquelle l'imâm prononce le sermon ; il est en général placé à gauche du mihrâb.



minbar-el-ashraf-barsbay.jpg

Minbar marqueté du khanqah d'el-Ashraf Barsbay, dans le cimetière Nord du Caire.


- mu'allaq (égypt. mo'allaq) : littéralement "suspendu" ; c'est un type spécifique de mosquée qui se dresse au-dessus d'un rez-de-chaussée occupé par des espaces civils, comme des boutiques.

- riwâq :portique situé en général sur les côtés de la cour d'une mosquée.

- sahn : cour intérieure de la mosquée.

- qibla : mur qui sert d'orientation à toute le mosquée, puisqu'il se trouve perpendiculaire à la direction dans laquelle se fait la prière.



minaret-complexe-qala-un.jpg

Minaret du complexe de Qala'un, dans la partie médiévale du Caire.



En dehors des mosquées, on trouvé d'autres édifices religieux qu'on qualifie souvent de "monastères", même si le terme est assez impropre car il ne correspond pas à ce qu'englobe la notion de monastère en Occident. C'est pourquoi il est souvent préférable de conserver le terme arabe. Ce sont en particulier les Sufi qui se réunissaient dans de tels édifices.


- hujra : cellule, chambre dans un de ces monastères.

- khânaqâh (égypt. khanqâh) : sorte de monastère, fondation pieuse qui servait à la formation des frères sufi ; il comprend en général le mausolée du fondateur, qui était en même temps desservi par les Sufi vivant sur place.

khanqah-Farag-ibn-Barquq.jpg

Khanqah de Farag ibn Barquq dans le cimetière Nord du Caire.


- ribât : monastère fortifié.

- takkiyya : monastère servant aussi d'hospice.

- zâwiya : petit monastère.


 
La prochaine fois, nous verrons le vocabulaire spécifique pour les édifices civils, publics et privés, l'architecture funéraire et les termes liés aux décors.

par Kaaper Nefredkheperou publié dans : Mashreq et horizons arabes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 6 novembre 2007

C'est sans doute au Mashreq que se sont développés l'agriculture des céréales  et l'élevage au cours du Néolithique, en tout cas c'est ici qu'on en a trouvé les plus anciennes traces. Les chasseurs-cueilleurs se sédentarisent et apprennent à maîtriser leur environnement en pratiquant l'agriculture mais aussi en élaborant la maîtrise de l'eau. Jericho, en Cisjordanie, est actuellement considérée comme la plus ancienne ville au monde. Mais j'ai choisi de vous parler d'un site beaucoup moins connu et presque contemporain de la célèbre ville biblique, situé en Jordanie : Beidha, à quelques kilomètres au nord du non moins célèbre site archéologique de Petra, au bord du Siq el-Barid .






Dès le Néolithique, les habitants de la région comprennent l'intérêt stratégique de la région, avec ses profondes gorges assurant une protection naturelle. C'est au Néolithique pré-céramique qu'est fondée Beidha, qui sera occupée d'environ 9000 - 7200 av. notre ère à environ 6500 av. notre ère. Le village est établi sur une terrasse. Cette zone est alors différente de ce que nous connaissons aujourd'hui : elle est boisée de chênes, genévriers et arbustes fruitiers, et très giboyeuse (on y chasse en particulier les gazelles). A proximité, le ravin formant un wadi était régulièrement alimenté en eaux de pluie, que les habitants de Beidha apprirent à maîtriser pour les besoins de leurs cultures.







Ce qui est particulièrement intéressant sur ce site, c'est que l'on peut y suivre l'évolution des premiers habitats groupés : aux premières structures en matériaux périssables succèdent bientôt des habitations rondes appuyées les unes contre les autres et à demi enterrées, puis des habitations rectangulaires. Des essais de reconstitution, issus des recherches de l'archéologie expérimentale, permettent d'ailleurs sur place de voir ces différents types d'habitations néolithiques.



beidha-4.jpg



S'ils pratiquent l'agriculture, les habitants de Beidha connaissent aussi l'élevage des chèvres, bien que  l'apport en viande provienne aussi toujours de la chasse. Il cultivent l'épeautre, ancêtre du blé, et l'orge, et ils continuent à procéder à la cueillette de fruits sauvages. Par contre, ils ne connaissent pas encore la poterie, aucune céramique n'ayant été retrouvée sur le site.
 Le matériel trouvé lors des fouilles consiste surtout en outils de silex ou d'obsidienne, en meules et outils à broyer les céréales.


Beidha-3.jpg

A - Maison circulaire à toit conique de bois et végétaux ; B - Maison circulaire à toit plat de bois et végétaux ; C - Maison rectangulaire à toiture plate formée de bois et végétaux enduits d'argile.



Le site est abandonné pour des raisons encore inconnues vers 6500 av. notre ère, et ne sera plus jamais réoccupé. Certains y voient l'un des premiers exemple d'impact de l'homme sur son environnement, avec une désertification progressive due à une surexploitation des terres et des ressources, alliée à des modifications climatiques. Beidha est  fouillée depuis les années 1950. La Grande-Bretagne et l'Union Européenne ont mis en place un programme d'archéologie expérimentale afin de proposer une présentation au public, en particulier avec les reconstitutions d'habitations néolithiques, ceci dans le cadre d'un tourisme à échelle réduite dont les profits pourraient aller directement aux populations locales.

par Kaaper Nefredkheperou publié dans : Mashreq et horizons arabes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Papyrus d'identité

  • : Horizons d'Aton - Beyt Kaaper
  • horizons-d-aton
  • : weblogs
  • : Une demeure perdue quelque part entre rêve et réalité, dans les sables du désert égyptien ou en plein milieu de la Méditerranée. Tournée vers l'horizon. Les horizons de l'Est et de l'Ouest, comme disaient les anciens Egyptiens... Des horizons divers. Une demeure un peu folle, pour abriter des rêves un peu fous, des passions, des émotions, des coups de coeur...
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Bilbiothèque

Quais du Fleuve

Blog : Voyages sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus