Les 60 ans de la création de l'état d'Israel sont l'occasion de nous pencher sur un
pan de l'histoire du Mashreq, un pan qui fut à la fois synonyme d'espoir et de drame, et nous le verrons d'une attitude pour le moins ambigue des grandes puissances
internationales. C'est un sujet très épineux, j'en ai conscience, et je dois avouer que j'ai longuement hésité avant que de l'aborder. Mais il m'a finalement semblé qu'on ne pouvait pas ne pas
parler d'un événement qui a profondément marqué l'histoire du Mashreq contemporain et dont l'impact aujourd'hui encore a des conséquences cruciales pour la région. Il ne s'agit
pas d'engager des polémiques, même si bien entendu j'ai mon opinion sur la question - je n'en ferai état que dans la mesure où cela me semblerait présenter quelque intérêt, mais le but n'est
pas là. Ce qui me paraît intéressant en revanche, c'est de fournir des clefs pour permettre de comprendre l'événement en lui-même, ainsi que par conséquence
ceux qui se sont succédés depuis et la situation actuelle. Car il faut avouer que les informations ne sont pas toujours claires ou objectives, et que l'on ignore souvent un certain nombre
d'éléments qui permettent de comprendre. Et surtout d'aller au-delà pour retracer toute une part de l'histoire et de la culture de cette partie du
monde.
Résumer un tel événement dans un seul article donnerait quelque chose de trop fastidieux à lire, ou obligerait à résumer à l'extrême, ce qui reviendrait à ne pas correspondre
avec le but énoncé ci-dessus. C'est pourquoi j'ai choisi de programmer, échelonnée sur une longue durée, toute une série d'articles abordant la question à travers des
aspects particuliers correspondant chacun à une clef ou plusieurs de ces clefs de compréhension. Pour cela, nous ne nous limiterons ni à
évoquer 1948 et ce qui s'est passé depuis, ni au seul événement en lui-même ; il faudra revenir en arrière sur l'histoire, celle de la région et de ses
peuples, mais aussi la diaspora juive, l'influence des puissances extérieures aussi bien que l'histoire
des mentalités. Comme nous le verrons, la naissance de l'état d'Israel renvoie à plusieurs pages de l'histoire du Mashreq, mais aussi de
l'Europe et d'une partie du monde. Tout l'intérêt est à mon sens à la fois de comprendre un événement et son impact, mais aussi d'élargir le propos à tout ce à quoi il
nous renvoie.
Les sujets qui seront abordés seront en particulier :
- indispensable, un retour sur l'histoire de cette région du monde depuis l'Antiquité jusqu'à la chute de l'empire ottoman : les peuples, les états, les enjeux
internationaux
- le mandat britannique et la création d'Israel, mais aussi le rôle de la politique britannique au Mashreq
- le sionisme : son histoire, ce qu'il recouvre ( car on n'en a souvent qu'une très vague idée ), les courants de pensée, son rôle dans la création de l'état
d'Israel
- parallèlement, un certain nombre d'éléments qui sont déterminants pour le contexte : l'impact de la vague d'antisémitisme en Europe entre le XIXe et la
première moitié du XXe s. ; la Palestine dans le monde arabe et la question palestinienne ; la signification particulière de Jérusalem ; la notion d'Eretz Israel ( dont on se rendra compte
qu'on la connaît en fait très mal ) ; etc.
- mais aussi des éléments culturels, comme la place des communautés juives au sein du monde arabe aussi bien que leur rôle d'intermédiaires entre Orient et Occident, la notion
d'identité arabe au XXe s.
- bien entendu, on ne peut être tourné uniquement vers le passé et nous essayerons de donner des éléments de la situation actuelle et des perspectives
d'avenir.
Ultime précision avant de commencer, je vous demanderai de faire preuve de modération et de
tolérance dans vos commentaires, quelle qu'en soit l'orientation. Je le répète, la polémique n'est pas le propos, même si chacun demeure libre, bien entendu, d'avoir sa propre
opinion. La perspective est avant tout un effort pour savoir et comprendre, et plus que jamais l'esprit de respect de chacun est ici important.
J'éditerai tout commentaire qui ne respectera pas ces règles élémentaires d'ouverture d'esprit, je pense que vous le comprendrez.
Pour comprendre cet événement, il faut d'abord le placer dans le temps. Au début du XXe s. , la Palestine fait partie de l'empire ottoman depuis
quatre siècles, ressentis comme nous le verrons comme une période d'occupation étrangère. Lorsqu'éclate la Première Guerre Mondiale, l'empire ottoman se range aux côtés de l'Allemagne.
Dès 1917, en pleine guerre mondiale, par la Déclaration Balfour, les Britanniques, sous l'influence du mouvement sioniste, se déclarent
en faveur de la création d'un foyer national juif en Palestine ; dans le même temps, ils promettent aux Arabes la création d'un état arabe,
duplicité qui aura de lourdes conséquences par la suite. Après la guerre, l'empire ottoman est démembré ; depuis longtemps, les puissances occidentales rivalisent d'influence au Mashreq, ce
démembrement ne se fera donc pas sans arrière-pensées. En 1920, la conférence de San Remo désigne la Grande-Bretagne pour exercer un
mandat sur la Palestine ; et c'est en 1922 que la Société des Nations entérine cette proposition en établissant le mandat
britannique sur ce qu'on appelle de 1922 à 1947 la " Palestine mandataire ".
La " Palestine mandataire ", telle qu'elle a été définie
par la conférence de San Remo et adoptée par la SDN : au nord, la Syrie placée sous mandat français ; à l'est l'Iraq placé lui aussi sous mandat britannique ; au sud, le royaume du Hedjaz,
indépendant depuis 1916 grâce à l'appui britannique, qui deviendra l'Arabie Saoudite en 1932 ; au sud-ouest l'Egypte, sous protectorat birtannique jusqu'en 1922, puis royaume indépendant. Déjà se
discerne le rôle prépondérant joué par la Grande-Bretagne dans la région.
Intervient entre temps la Seconde Guerre Mondiale, à l'issue de laquelle l'idée d'un état-refuge en Palestine pour les Juifs d'Europe fait son chemin, d'autant
que les crimes nazis ont à la fois suscité un véritable choc chez les populations occidentales et embarrassent les états. En février 1947, la Grande-Bretagne
remet aux Nations Unies le mandat qu'elle avait reçu en 1922 ; nous verrons que cela tient justement en grande partie à une dégradation de ses relations avec le mouvement
sioniste et avec les représentants arabes de par le double jeu qu'elle a joué entre Juifs et Arabes. Puis en novembre de la même année, les Nations
Unies adoptent la résolution 181, qui opte pour le partage de la Palestine en un état arabe et un état juif, avec un statut international
spécial pour Jérusalem : c'est le plan de partage, qui loin d'apaiser les tensions entraîne le premier conflit ouvert entre Juifs et Arabes en
Palestine.
Le plan de partition de la Palestine tel qu'il est défini
par la résolution des Nations Unies en 1947 : en vert, les territoires attribués à l'état arabe, en bleu-vert les territoires attribués à l'état juif. Jerusalem est déclarée de statut
international sous contrôle des Nations Unies. Un simple coup d'oeil sur la carte permet de comprendre les difficultés qu'une telle partition ne pouvait qu'engendrer.
Enfin, le 14 mai 1948 est proclamée la déclaration d'indépendance de l'état d'Israel, qui marque historiquement la création de cet état.
Voilà, dans un premier temps, les faits historiques présentés brièvement dans le contexte du XXe s. Ce sera notre point de départ pour cette exploration d'un aspect du Mashreq plus large
qu'il ne pourrait paraître au premier abord. Dans le prochain article, nous évoquerons l'histoire de cette région depuis l'Antiquité.
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C'est sans doute au Mashreq que se sont développés
l'agriculture des céréales et l'élevage au cours du Néolithique, en tout cas c'est ici qu'on en a trouvé les plus anciennes traces. Les
chasseurs-cueilleurs se sédentarisent et apprennent à maîtriser leur environnement en pratiquant l'agriculture mais aussi en élaborant la maîtrise de l'eau. Jericho, en
Cisjordanie, est actuellement considérée comme la plus ancienne ville au monde. Mais j'ai choisi de vous parler d'un site beaucoup moins connu et presque contemporain de la célèbre ville
biblique, situé en Jordanie : Beidha, à quelques kilomètres au nord du non moins célèbre site archéologique de Petra, au bord du Siq
el-Barid .



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